PREAMBULE :

En liminaire, il est important de préciser que cet article n’a pas vocation à dénigrer ni l’Europe (qui harmonise les règles entre les Etats) ni les constructeurs (qui s’y conforment en toute bonne foi) !

Le but de cet article est de faire prendre conscience que le principe de précaution à la Française, qui ennuie tellement nos voisins, est issu de notre philosophie des lumières et que nous devons être vigilants pour le conserver !

L’objectif est également de proposer des solutions pour permettre aux utilisateurs de maîtriser leurs appareils sous pression !

 

PROBLEMATIQUE :

Les manomètres sont en voie de disparition ! Les nouveaux autoclaves les mettent de moins en moins à la vue des utilisateurs, ils sont, le plus souvent, à l’intérieur de la zone technique (inaccessible aux agents, généralement) !

Pourquoi cette disparition ?

Faut-il s’en inquiéter ?

Si oui, que pouvons-nous faire ?

 

Pourquoi les manomètres disparaissent de nos façades d’autoclave ?

La réglementation en matière de sécurité sur les équipements sous pression évolue sans cesse notamment pour l’harmonisation entre les pays de l’Union Européenne. Au temps jadis jusqu’au début des années 2000, le décret du 2 Avril 1926 stipulait les exigences afin d’obtenir le marquage NF pour les équipements sous pression et les conditions de leur maintien en activité. Les arrêtés du 16 décembre 1980 et 16 Février 1989 sont venus compléter le décret du 2 Avril 1926 afin de s’accorder avec les évolutions technologiques (couvercle amovible à fermeture rapide, comprenez ouverture et fermeture centralisées par une commande électronique). L’arrêté du 15 Mars 2000 (modifié à de multiples reprises) parachevait l’œuvre en complétant et en clarifiant les ambiguïtés qui subsistaient. La philosophie de l’époque - en matière de sécurité - voulait que les appareils soient sécures et que les utilisateurs soient capables de les surveiller, en cas de défaillance des dispositifs de sûreté et d'impondérables (qui par définition ne peuvent être prévus). Ainsi, chacun restait maître de son destin par le biais des organes de surveillance, que sont les manomètres, et ce, même en cas d’enchaînement de pannes improbables, de négligences, d’événements imprévus.

Malheureusement, la philosophie française a toujours été un peu à part (en termes de sécurité comme de santé) et d’année en année d’abrogation en modification, la réglementation a évolué…En effet, pour obtenir le marquage CE et être vendus en France, les autoclaves doivent respecter les directives et normes Européenne et non le décret du 2 Avril 1926.

L’arrêté du 10 Avril 2001, en abrogeant l’arrêté du 16 Février 1989, fit disparaître l’obligation d’afficher les consignes de sécurité (exigence de vérifier le manomètre avant l’ouverture de porte et de s’assurer de la fermeture des portes avant le lancement d’un cycle).

Le décret 2015-799, en abrogeant le décret du 2 Avril 1926, a fait disparaître la dernière trace du mot « manomètre » des textes réglementaires…

Les directives européennes ont pris le pari de renforcer les exigences sur les sécurités automatiques des appareils. Je ne trouve, dans les textes en vigueur, aucune exigence imposant un système permettant la surveillance de l’appareil en fonctionnement (tout repose sur les dispositifs de sécurité). Les nouveaux appareils ne gardent - dans le meilleur des cas - que quelques vestiges de manomètres rendant difficile la surveillance de l’appareil.

Voilà pourquoi les manomètres ont disparu des façades des autoclaves !

 

Faut-il s’inquiéter de cette disparition ?

Si les directives européennes ont le mérite de renforcer les sécurités autogérées par l'appareil; il aurait été néanmoins judicieux d'en faire autant avec les organes de surveillance (manomètres). En effet, il n'existe pas de systèmes suffisamment sécures pour se passer de surveillance (le Titanic était censé être insubmersible, Fukushima devait résister à toutes les intempéries...). Que les accidents soient dus à une défaillance ou à une accumulation de négligences; l'histoire regorge d'exemples malheureux qui nous prouvent que le danger ne peut être éludé. On ne peut que baisser des probabilités. Si les risques sont inévitables, la moindre des choses serait de laisser la possibilité à ceux qu'on expose de pouvoir maitriser, détecter et surveiller leurs appareils. Pour l'autoclave, un manomètre en façade, pour chaque récipient sous pression, jouerait parfaitement ce rôle!

Il faut toujours s’inquiéter quand des moyens de surveillance disparaissent, leur suppression n’est jamais bénéfique pour les utilisateurs et, finalement, rarement pour les acheteurs ! Le manomètre analogique (cadran gradué avec zone rouge) présente une simplicité d’utilisation (zone rouge, valeur 0 pour ouvrir, non dépendant d’une alimentation électrique, facilement réglable, stable dans le temps…) qui le rend préférable aux indicateurs numériques.

Malgré la discrétion avec laquelle ils sont évoqués, les accidents arrivent encore. Leur déclaration (si elle a bien été faite) devrait pourtant faire réagir ! Le grand perdant de ces changements est l’utilisateur, que l’on ne considère absolument plus ! En effet, toutes les obligations des fabricants, des organismes habilités et des exploitants demeurent quasi inchangées voir renforcées, mais toute notion de surveillance a disparu hormis à l’article L557-29 ci-dessous :

« Article L557-29 

L'exploitant est responsable de l'entretien, de la surveillance et des réparations nécessaires au maintien du niveau de sécurité du produit ou de l'équipement. Il retire le produit ou l'équipement du service si son niveau de sécurité est altéré. »

Aussi sécure les appareils soient-ils, il est intolérable de ne pas donner les moyens aux utilisateurs de faire leur propre surveillance. Pouvoir compenser tout événement ou enchainement digne de la loi de Murphy est un droit fondamental pour tous les utilisateurs !

 

Que pouvons-nous faire ?

En prenant conscience du problème et en faisant remonter ces informations par le biais des sociétés savantes et des instances (SF2S, AFNOR, ANSM…), nous arriverons, peut-être, à obtenir la publication d’un texte - sous une forme ou sous une autre - pour exiger le retour du manomètre sur nos façades d’autoclave. En attendant, il reste toujours la possibilité d’exiger, à l’achat de l'appareil (dans le cahier des charges), un manomètre tel que décrit dans feu le décret du 2 Avril 1926 (article 11) :

« … en bon état placé en vue du chauffeur et gradué de manière à indiquer en hectopièzes ou provisoirement en kilogrammes par centimètre carré la pression effective de la vapeur dans la chaudière. Une marque très apparente indique sur l'échelle du manomètre la limite que la pression effective ne doit pas dépasser… »

Ceci pourrait aider à faire prendre conscience aux constructeurs et aux instances de la volonté des utilisateurs de maîtriser leurs appareils.

 

VOTRE CONTRIBUTION

 

Si vous êtes d’accord avec cet article, je vous invite à me faire parvenir un message exprimant votre ressenti sur la situation et vos attentes (succinctement), via la fiche contact de ce site.

Si vous êtes en désaccord, vous pouvez aussi vous exprimer de la même manière 😉

Si vous avez des anecdotes, sur des incidents avec des autoclaves, faites-moi parvenir également la description de ces derniers, via la fiche contact.

Plus j’aurai de retour et plus vous pourrez vous faire entendre.

 

 

Je reste comme toujours à votre disposition !